22 novembre 2008
Le Clézio , suite ...
Hier , avec mes cinquièmes , dans le cadre de l'étude de la description , je travaillais sur la reproduction d'une affiche de l'Office du tourisme de l'ile Maurice et cela m'a fait penser à Le Clézio , puisque l'île Maurice est l'une de ses patries .
Je me suis dit qu'un peu de culture générale ne ferait pas de mal à mes élèves et je leur ai demandé de chercher pour mardi prochain des renseignements sur lui , en précisant que c'était l'un de mes écrivains préférés .
Je suppose que la majorité va me sortir deux ou trois pages sur Internet , voire plus , mais on fera le bilan et le tri ensemble , afin qu'ils retiennent quelques petites choses , au moins qu'il a eu le prix Nobel de littérature . Je leur apporterai les revues que j'ai achetées à son sujet . Quelques-uns m'ont dit que puisque c'était l'un de mes auteurs favoris , ils feraient sérieusement les recherches , je pense que c'était sincère et j'ai trouvé cela gentil .
Il me plaît de partager avec eux l'une de mes passions ! Ils auront au moins entendu parler de lui ...
30 octobre 2008
Le Clézio , encore lui ...
La revue "Lire" vient de faire paraître un numéro spécial dans lequel vingt quatre pages lui sont consacrées , vous imaginez bien que je l'ai achetée !
Cela me rappelle l'époque où j'étais à l'affût de tous les articles le concernant , ou émissions de télé que je m'empressais d'enregistrer !
Bref , je suis toujours aussi mordue ...
15 octobre 2008
Allez ... je me fais plaisir , j'en ai besoin !
Un Nobel anti-parisien
Le Clézio, l'ami public
Par Jérôme Garcin
Le lendemain de l'attribution du Nobel de littérature, Houellebecq et Lévy étaient les invités de France-Inter. Interrogés sur Le Clézio, le premier a bredouillé qu'il ne l'avait jamais lu et le second s'est tu. Leur silence était éloquent. Il exprimait tout ce qui sépare les «ennemis publics», qui sont des stratèges de la communication et ont un fiévreux souci de leur image, de l'auteur de «Désert», qui se cache pour écrire et ne s'est jamais préféré. C'est un candide, et ils sont si rusés.
S.P. Gallimard
Né à Nice le 13 avril 1940, Jean-Marie Gustave Le Clézio est notamment l'auteur de "Désert" (1980), "le Rêve mexicain" (1988), et "l'Africain" (2004)
Mais le fossé est plus profond. Houellebecq et Lévy adorent leur époque, à laquelle ils collent parfaitement et dont leurs livres, pourtant différents, sont les miroirs grossissants; Le Clézio la déteste, la fuit, la combat, c'est, ont dit les Nobel, «un écrivain de la rupture». Il préfère les maisons en pisé du Michoacan aux gratte-ciel de New York et les mirages des mondes disparus aux chimères de la mondialisation. Pour avoir osé, il y a vingt ans, célébrer, avec «le Rêve mexicain», le génie de la civilisation aztèque, avant que les troupes espagnoles n'en eussent éradiqué les oeuvres et les mythes, Le Clézio fut traité de «barbare païen» et d'apologiste du «fascisme aztèque» par Guy Scarpetta dans «Globe»; et pour avoir donné une nouvelle à la «Revue d'études palestiniennes», «le bon sauvage» fut, dans le même «Globe», accusé par Bernard-Henri Lévy d'être «un anti-sioniste déchaîné».
Depuis, le procès en obscurantisme n'a jamais cessé. Paris n'aime pas qu'on lui préfère les plaines arides, les montagnes sèches et les ciels sans fumée. Paris n'aime pas qu'on se refuse à elle et qu'on ne sacrifie pas à ses modes. On ne compte plus les clercs qui ont stigmatisé l'idéaliste baden-powellien refusant l'idée de progrès et les miracles technologiques; le protecteur des baleines grises de Californie; le croisé viking de Robert Redford et de Nicolas Hulot; l'écrivain à la prose trop simple, trop nue, alors qu'elle n'est que limpide, douce comme un galet poli par les vagues du temps et décoré par un peintre naïf. Car il se méfie de la phrase précieuse comme les Indiens des luxueuses étoffes de Cortés, comme les naturistes des textiles. Il tient que la fonction de l'écrivain est de nommer, pas d'enjoliver.
Pourquoi tant d'acrimonie, sinon parce que les contemporains de l'auteur du «Procès- verbal» ont perdu leurs illusions et pactisé avec une société qu'autrefois ils ambitionnaient de changer? Ils ont pris le pouvoir et grossi leur compte en banque. Le Clézio, lui, n'a pas changé. A 68 ans, il a une allure de jeune homme timide, il est trop sincère pour briller dans la conversation, trop nomade pour s accommoder du climat germanopratin, il demeure fidèle aux utopies et aux indignations qui mettent sa littérature à hauteur d'homme, il demeure du côté des déracinés et des parias de l'Occident.
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Lorsque, le mois dernier, nous marchions sur la lande bretonne, il m'a raconté cette anecdote: un jour qu'il arpentait avec Georges Lambrichs le boulevard Saint-Germain, il croisa Jean-Edern Hallier, qui refusa de lui serrer la main. Le parangon de l'opportunisme ne pouvait pas supporter l'image du désintéressement ni le bouffon, l'écrivain. Tout un symbole.
On a beaucoup répété que le prix Nobel décerné à Le Clézio donnait tort à Donald Morrison, coupable d'avoir proclamé à la une de «Time» «la mort de la culture française». On n'a pas assez dit qu'il clouait d'abord le bec à tous les cyniques parisiens qui ont rangé cette oeuvre majeure dans la collection «Signes de piste» et parlé de lui comme, jadis, les riches colons parlaient des indigènes. Avec de la morgue, et un fouet. Merci, Stockholm.
Pas le moral ... suite ...
Une solution se profile peut-être à l'horizon pour mon problème , mais elle va mettre à rude épreuve ma timidité et mon besoin de discrétion ... et tant que rien n'est fait , de toute façon , je suis dans le même état .
J'ai énormément de mal à me lever le matin , je vis comme comme une violente agression le fait d'être tirée du doux cocon qu'est le sommeil , qui me fait tout oublier . Quand je suis chez moi , je suis mal , anxieuse , voire angoissée , parfois en larmes ; quand je suis au collège , je pense un peu moins à tout ça et je donne le change .
Je ne sais pas pourquoi je confie mes états d'âme à ce blog et à ses lecteurs ; j'ai parfois l'impression qu'il est aussi nul que son auteur ...
Hier seulement , je suis sortie de ma torpeur lorsque j'ai trouvé et publié cet article sur Le Clézio en Bretagne ( je crois que je suis toujours amoureuse de lui et de sa plume ) , mais personne n'a répondu , je suis un peu déçue ... Pas d'autres fans ?
C'est ainsi : à part Le Clézio et les chats , surtout les miens , il n'y a pas grand-chose qui m'attire dans l'existence en ce moment ...
14 octobre 2008
Deux semaines avant le Nobel , visite chez Le Clézio ...
J.M.G. Le Breton
Par Jérôme Garcin
Au XVIIIe siècle, ses aïeux quittèrent la Bretagne pour l'île Maurice; J.M.G. Le Clézio y revient aujourd'hui. Jérôme Garcin l'a rencontré dans sa maison, face à la mer
De notre envoyé spécial à Quimper
C'est une maison toute simple, entourée de pins obliques et de rochers de granit, posée au bord de la falaise contre laquelle la mer se fracasse, bave blanc et s'exaspère dans un grand bruit d'armurerie. L'été cyclothymique touche à sa fin. Avec sa femme, Jémia, Jean-Marie Gustave Le Clézio termine de repeindre la façade en blanc et bleu. La ligne qui sépare les deux couleurs est brisée par quelques vaguelettes involontaires. Jean-Marie confesse en souriant qu'il n'est pas très doué mais refuse de laisser la tâche à un professionnel. Cette maison à l'équerre lui ressemble. Elle n'aime pas le luxe, elle fait entrer le ciel et la mer par deux grandes baies vitrées, elle sent le voyage. D'ailleurs, la peinture fraîche, blanche et bleue, ajoute la Méditerranée au Finistère. Le havre d'un nomade.
S.P. Gallimard
Né à Nice le 13 avril 1940, Jean-Marie Gustave Le Clézio a reçu le prix Renaudot, en 1963, pour son premier roman, "le Procès-verbal". Il est notamment l'auteur de "Désert" (1980), du "Rêve mexicain" (1988) et de "l'Africain" (2004).
Cela fait quinze ans que, sans le faire savoir afin de préserver sa solitude, Le Clézio passe ses étés dans la baie de Douarnenez et se réfugie sur ce bout de lande sèche où poussent le genêt, la bruyère, les tamaris et les fougères. «C'est un peu notre camping», chantonne Jémia, qui, en se promenant, a trouvé par hasard la maison; Jean-Marie l'a aussitôt adoptée. Désormais, il y vient aussi à Noël. Il dit qu'il écrit bien ici, face à la mer, «cet immense terrain vague». Toujours à la main, l'écriture. Il vit à l'ancienne, n'écoute pas la radio, ne lit pas de journaux. Il va bientôt faire venir la bibliothèque de sa mère, qui est morte à Nice au printemps dernier, pour avoir à portée de la main et du coeur tous les livres reliés qui ont bercé sa jeunesse, Maupassant, Mirbeau, Zola, Loti, Verne, Louÿs, Lorrain, Kipling, London, Conrad, mais aussi Bougainville, Dumont d'Urville et l'abbé Rochon.
Le couple envisage même, dans un avenir indéterminé, de quitter Albuquerque, au Nouveau-Mexique, pour s'installer en Bretagne. Car plus le temps passe, plus le passé remonte à la surface des jours, mieux l'auteur sans feu ni lieu de «Désert» et du «Chercheur d'or» accepte de céder à la mélancolie. «J'envie ceux qui ont une terre natale, un lieu d'attache. Moi, je n'ai pas de racines, sauf des racines imaginaires. Je ne suis attaché qu'à des souvenirs.» Désormais, par vagues ininterrompues, ils débordent.
A 68 ans, un âge que dément une allure longiligne et blonde d'éternel ranger, il se rappelle son enfance heureuse dans ce pays âpre dont il aime la lumière, les secrets, la lenteur et les gens. C'était dans les années 1950. Le père, Raoul, la mère, Simone, et leurs deux garçons, Jean-Marie et Yves-Marie, quittaient la Promenade des Anglais en 2CV, remontaient la France en suspension, en hoquetant, s'arrêtaient pour pique- niquer dans les champs ou visiter les musées archéologiques, traversaient des villages entourés de granit qui portaient leur nom (Le Clézio signifie «les enclos» en breton), se posaient enfin, pour de longues vacances, dans le petit port de Sainte-Marine. «Là, raconte-il, je m'allongeais dans l'herbe, au milieu des chardons, et je passais mes journées à regarder le ciel. Les nuages allaient aussi vite que les mouettes et les fous de Bassan. Le roulement des vagues les accompagnait. J'avais le vertige. Le ciel breton est le plus beau des voyages, ce fut ma première aventure. La nuit, comme j'étais insomniaque, je marchais seul dans la lande, et je sentais autour de moi comme une présence magique, surnaturelle.»
Après avoir parcouru le monde, vécu longtemps au Michoacán, au Panama, à Haïti, arpenté le Maroc dont Jémia est originaire, séjourné sur l'île Maurice, dont il possède toujours la nationalité, exploré l'Afrique où son père soigna dans la brousse les lépreux et les impaludés, logé dans l'immeuble niçois du quai des Deux-Emmanuel où il a grandi et qui ressemble à un palazzo napolitain décati, l'écrivain vagabond du «Livre des fuites» a donc retrouvé sur le tard ses origines celtiques, cette Bretagne d'où son aïeul François, un Morbihannais, après s'être illustré à la bataille de Valmy, partit avec femme et enfant, en 1794, pour fuir la misère et gagner les Indes. Mais, épuisés par six mois de navigation, ils débarquèrent à Maurice, et s'y installèrent. «L'île de France ayant été colonisée par les Anglais à l'époque de Napoléon, mes ancêtres sont alors devenus des citoyens britanniques et mes parents, qui étaient cousins germains, ont donc été des Bretons de l'île Maurice avec un passeport anglais...» Voici pourquoi, reconnaît-il, «les Le Clézio ont la bougeotte dans le sang».
Dans son nouveau livre, «Ritournelle de la faim», qu'il a rédigé d'une traite en Corée, alors qu'il enseignait l'année dernière la poésie et le roman français à l'université de Séoul, Le Clézio décrit à merveille la petite communauté des Mauriciens de Paris, pendant l'entre-deux-guerres, juste avant sa naissance, à Nice, en 1940. Fidèle à ses origines, elle habitait le quartier breton de Montparnasse. C'étaient des gens heureux, drôles, un peu cabots, élégants, qui parlaient et riaient fort, insoucieux de la tragédie qui montait comme une grosse colère, lettrés et mélomanes; ils ne regrettaient pas leur île - «petit pays, petites gens» -, mais ils avaient la nostalgie de ses couleurs, de ses parfums, de ses murmures. Il y avait le grand-père, un passionné d'aviation, qui construisait dans son petit jardin la maquette d'un dirigeable à ailes et rêvait d'atteindre le plus léger que l'air.
Et aussi le grand-oncle, qui acheta à l'Exposition coloniale de 1931, organisée au bois de Vincennes, le pavillon en bois exotique et fer boulonné de «l'Inde française» afin de le reconstruire, au coeur de Paris, rue de l'Armorique; en le visitant, il avait imaginé la place exacte du secrétaire, de l'épinette, du rocking-chair, des statues africaines, de tous les objets de son passé, mais il mourut trop tôt, les murs de «la maison bleue», comme il l'appelait, restèrent sous une bâche, et en lieu et place fut édifié un immeuble moderne.
Pour Ethel, c'est une trahison. Ethel, le double romancé de la mère de J.M.G. Le Clézio. La femme-courage à qui ce livre est consacré. Elle a grandi pendant l'entre-deux- guerres dans un Paris où tout lui évoquait l'île Maurice de ses aïeux, elle est tombée amoureuse d'un bel Anglais aux cheveux roux et bouclés, elle a assisté dans le salon aux conversations qui annonçaient les ravages de l'Allemagne hitlérienne, elle a été le témoin impuissant de la ruine de sa famille, trompée et volée par des margoulins, des prédateurs, des affairistes, et, à 20 ans, au volant d'une De Dion-Boutton remplie d'essence frelatée, elle a conduit sa famille à Nice. «Ma mère, se souvient Le Clézio, m'avait longuement raconté ce qu'était la vie quotidienne de sa famille dans les années 1930, où l'incroyable légèreté d'être se mêlait sans cesse au sentiment étouffant d'une menace imminente. Elle sentait presque physiquement venir la guerre, dont elle parlait comme d'une longue maladie, souffrant de ne pouvoir l'enrayer.»
Il se défend pourtant d'avoir écrit le portrait de sa mère, d'être un mémorialiste. Comme toujours dans ses romans, dont il dit qu'ils sont la seule manière d'explorer son passé, il mêle en effet le vrai et le fictif, il préfère l'atmosphère à la chronologie. Mais il reconnaît avoir eu un grand-père qui, ayant fait fortune avec la vente d'objets sulpiciens, acquit jadis le pavillon indien de l'Exposition coloniale, le fit reconstruire à l'identique, et dans lequel tout le monde souffrait du froid. Car, malgré les tonnes de charbon, il était inchauffable. Vrai aussi, le grand-père amoureux des aéroplanes qui avait conçu, pour un dirigeable à ailes, une hélice en bois inédite. Vraie, la ruine de la famille Le Clézio à la fin des années 1930 - «Ils ont tout perdu» - et l'apprentissage de la mendicité, la recherche des feuilles de courge et des légumes pourris sur les marchés. Vrai, l'exode sur la route, après que les Allemands ont occupé la Bretagne, poussant sa mère et ses grands-parents à partir pour Nice. Vraie encore, la fuite de la famille dans les montagnes de l'arrière-pays, à Roquebillière, pour échapper, en raison de leur nationalité britannique, aux soldats italiens et allemands. Vraie, l'épreuve de la faim, qui donne au livre son titre et ses premières lignes. «J'avais une telle soif de gras, dit-il, que je léchais l'huile des boîtes de sardines et que je buvais avec délice l'huile de foie de morue. A 5 ans, je courais derrière les camions des Américains pour attraper du pain et du chocolat. Je mangeais le lait en poudre à m'en étouffer.»
C'est tout cela, «Ritournelle de la faim»: le roman des origines - quel écrivain n'a pas rêvé de vivre les années, les mois qui ont précédé sa naissance -, l'adieu à l'enfance, le livre de la mère, la chronique d'une apocalypse annoncée, le portrait d'une époque où le merveilleux (les souvenirs de l'océan Indien) côtoyait l'abjection (la presse antisémite), et l'hommage rendu, sur le tard, à cette colonie d'exilés qui, de Lorient à Port Louis et de Paris à Nice, n'a cessé d'être ballottée par l'Histoire.
Le ciel s'est levé enfin sur la baie. Après avoir cueilli devant la maison des trèfles à quatre feuilles, on part marcher le long de la falaise, sur le chemin des braconniers où Le Clézio a l'habitude de se promener des heures durant. Il a troqué ses tongs contre des baskets. Il me conseille d'être prudent. «Attention, c'est très glissant. L'autre semaine, une jeune Allemande s'est tuée en tombant sur les rochers. Moi-même, l'hiver dernier, un jour de tempête, j'ai fait une sale chute, et je me suis fracturé le tibia.» Je ralentis. Lui avance à grandes enjambées. On dirait un pin maritime en mouvement.
DR
La lande est jaune et violette. Des fougères rousses monte la tiédeur du soir. Il est intarissable sur l'immensité du ciel breton, la luminosité de ses gris. «Je n'aime plus la Côte d'Azur, Nice m'ennuie, elle est devenue une ville petite-bourgeoise, un lieu de passage, d'ailleurs mon père ne cessait autrefois de nous répéter: «On va déménager.» Maintenant que ma mère est morte, je n'ai plus de raison d'y retourner. Au contraire, je ressens ici, en Bretagne, l'ivresse de la liberté, de la vie sauvage, que j'avais éprouvée, à 8 ans, au Nigeria, lorsque je rejoignis mon père, que j'appelle désormais «l'Africain». Aujourd'hui, Albuquerque est mon camp de base, et cette lande battue par les vents, mon camp de vacances. Car j'ai l'impression, en vieillissant, d'y rajeunir.»
On parle de Georges Perros, l'enfant des Batignolles, qui, en 1959, avait fait le choix de vivre tout à côté, sur la plage de Douarnenez, et qui écrivait dans ses «Papiers collés»: «La Bretagne n'est que ce qu'elle est. L'artiste genre Stendhal n'y trouvera aucune Scala, aucune fréquentation autre que celle des pierres, du ciel et de la mer. Fréquentation que rien ne remplace, mais écrasante pour qui s'y tient.» Perros le pessimiste pratiquait l'humour de la résignation; Le Clézio l'utopiste incarne au contraire le sérieux de l'indignation. C'est un révolté calme, qui ne se fait toujours pas à l'injustice, à la misère, au racisme, aux exodes, aux humiliations, à la faim dans le monde. Il a gardé son âme d'enfant, tendre et irascible à la fois. Plus une timidité que le temps semble accroître, et l'éloigne davantage du milieu littéraire.
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Ici, durant l'été, il a commencé un nouveau roman qui se déroule à Maurice, sur l'île de «Paul et Virginie». Il me raconte comment, en 1830, on y a décapité un esclave pour la seule raison qu'il faisait du feu dans la montagne et pourquoi, après un procès «odieux», on a condamné deux poètes qui faisaient un concours sur les vertus comparées de la mangue et de la banane. Mais, comme Ethel dans «Ritournelle de la faim», il chante aussi la beauté des théâtres rococo où l'on jouait autrefois des opérettes parisiennes et qui ont été sauvés de la ruine par les Indo-Mauriciens, le goût des fruits zako et des graines de baobab, le bonheur des baignades dans les ruisseaux, au milieu de la forêt, le balancement des palmes dans les alizés. Toujours, chez Le Clézio, ce mélange de rébellion et de panthéisme, de colère contre l'odieux et d'attirance pour le merveilleux.
Dans quelques jours, avant de s'envoler pour le Canada et puis pour les Etats-Unis, il passera par Paris, en coup de vent. Comme chaque fois, il ira errer dans le quartier de Montparnasse, celui de ses grands-parents, des Bretons de Maurice, et il poussera, une fois encore, jusqu'au 25 de la rue du Docteur- Roux, siège de l'Institut Pasteur. Pas pour s'y faire vacciner contre le palu ou la fièvre jaune. Non, juste pour imaginer ce que fut la maison mauve et, d'une voix douce, une voix d'enfant, parler aux morts. «C'est à l'emplacement exact de l'actuelle loge du concierge que s'élevait l'excentrique pavillon de l'Exposition coloniale acheté par mon grand-père et dans lequel ma mère a grandi. Il n'existe plus, désormais, que dans mon livre. C'est ma seule manière de l'habiter.» Il se sent bien dans cette extension imaginaire de l'archipel des Mascareignes, à l'ombre de la tour Montparnasse, d'où partent les trains pour la lande bretonne.
J.G.
J'ignorais qu'il venait si souvent en Bretagne ... ça me le rend encore plus sympathique , tiens !









